Contact usinfo@back2culture.net
Become a Contributor
Become a Contributor

« Cheveux à 1 cm » : ce que la polémique Du Vaal révèle de notre rapport au cheveu africain

À Douala, un élève renvoyé de classe pour des cheveux jugés trop longs, une mère en colère sur TikTok, une note officielle du principal. En quelques jours, l’affaire Du Vaal International School a relancé une…

Du VAAL Polémique des cheveux courts fimage
2 Like(s)
1 comment
2 Like(s)
1 comment
Share

À Douala, un élève renvoyé de classe pour des cheveux jugés trop longs, une mère en colère sur TikTok, une note officielle du principal. En quelques jours, l’affaire Du Vaal International School a relancé une question que beaucoup préféraient ne pas poser : pourquoi, dans une école africaine, le cheveu naturel d’un enfant noir doit-il être réduit au minimum pour être jugé « présentable » ?

Une vidéo qui a mis le feu aux réseaux

Tout est parti d’une vidéo publiée sur TikTok le 17 Septembre 2026 par la mère d’un élève du collège Du Vaal International School, à Douala. Selon elle, son fils a été sommé de couper ses cheveux, parce que ces derniers dépassaient la hauteur autorisée par le règlement intérieur.

Face à la caméra, visiblement choquée, elle montre les cheveux de son enfant et pose une question simple : sont-ils sales ? Elle s’étonne qu’une école qui se dit « internationale » applique une telle règle, et affirme que certains élèves blancs ou métis de l’établissement peuvent garder leurs cheveux longs, contrairement aux élèves noirs. Pour elle, il s’agit de discrimination. Et elle conclut par une phrase qui a beaucoup circulé : c’est avec ce genre de règles que l’homme noir grandit en détestant ses cheveux.

La vidéo publiée par la mère de l’élève sur TikTok

La vidéo a rapidement été partagée, commentée, reprise sur plusieurs plateformes. Les réactions se sont divisées entre ceux qui défendent la discipline scolaire et ceux qui y voient le symptôme d’un malaise plus profond.

La réponse de l’école

Face à l’ampleur de la polémique, la direction de Du Vaal International School a publié une « Note du Principal » adressée au parent concerné, et largement diffusée en ligne.

Note officielle du principal de Du Vaal International School sur la règle de coiffure de 1 cm
Note du Principal de Du Vaal International School, diffusée sur les réseaux sociaux

L’établissement y explique que la règle sur la coiffure s’applique à tous les élèves du secondaire, sans distinction d’origine, de couleur de peau ou de statut. Elle existerait depuis la création de l’école et impose des cheveux d’une hauteur maximale d’environ 1 cm tout autour de la tête. Selon la direction, cette règle répond à des objectifs éducatifs : discipline, sobriété dans la présentation et respect des règles communes.

La note précise deux exceptions. D’abord, les élèves disposant d’un certificat médical justifiant une contre-indication. Ensuite, les élèves étrangers accueillis temporairement dans le cadre d’un programme d’échange avec des établissements européens et américains, qui ne sont pas soumis aux règles internes sur la coiffure. L’école dit regretter que la mesure ait été perçue comme discriminatoire et affirme rester ouverte au dialogue.

Discrimination ou malentendu ?

Sur le plan des faits, la note apporte une précision importante : l’exemption ne viserait pas les élèves blancs ou métis en tant que tels, mais les élèves en échange temporaire venus de l’étranger. Un élève métis inscrit de façon permanente serait donc, en principe, soumis à la même règle que ses camarades.

Mais cette explication soulève à son tour une question. Si les élèves venus d’Europe ou d’Amérique peuvent garder leurs cheveux tels qu’ils sont sans que la discipline de l’établissement en souffre, qu’est-ce qui justifie que les élèves camerounais, eux, doivent raser les leurs ? Si la longueur des cheveux n’empêche pas un élève étranger d’être discipliné, pourquoi l’empêcherait-elle chez un enfant d’ici ?

« Si la longueur des cheveux n’empêche pas un élève étranger d’être discipliné, pourquoi l’empêcherait-elle chez un enfant d’ici ? »

C’est là que le débat dépasse le cas d’une seule école.

Une règle loin d’être isolée

Il serait injuste de faire de Du Vaal le seul responsable. La règle des cheveux courts, voire rasés, est répandue dans de très nombreux établissements au Cameroun, publics comme privés, et plus largement dans plusieurs pays d’Afrique. Des générations d’élèves ont grandi avec elle, souvent sans la remettre en question.

Beaucoup y voient un héritage des modèles scolaires de l’époque coloniale et missionnaire, où l’uniformité de l’apparence était associée à l’ordre et à l’obéissance. Des arguments pratiques sont aussi souvent avancés : hygiène, prévention des poux, égalité entre élèves de milieux sociaux différents, limitation des dépenses de coiffure pour les familles.

Ces arguments méritent d’être entendus. Mais ils posent une question de fond : pourquoi le cheveu crépu naturel, propre et entretenu, est-il si souvent vu comme un problème à régler plutôt que comme une apparence normale ?

Ailleurs, le débat a déjà eu lieu

Le Cameroun n’est pas le premier pays confronté à cette question. En 2016, en Afrique du Sud, des élèves noires du lycée Pretoria High School for Girls ont manifesté contre un règlement qui encadrait strictement leurs coiffures naturelles. Le mouvement a pris une ampleur nationale et poussé les autorités éducatives à réexaminer les règlements scolaires.

Aux États-Unis, plusieurs États ont adopté depuis 2019 des lois connues sous le nom de CROWN Act, qui interdisent la discrimination fondée sur la texture ou le style de cheveux, notamment à l’école et au travail.

Image

Lien: https://www.bbc.com/news/world-africa-37212573

Dans les deux cas, le point de départ était le même : des règles présentées comme neutres, mais qui pénalisaient en pratique le cheveu afro.

Ce que l’enfant retient

Au-delà du règlement, il y a ce que l’enfant apprend. Une règle scolaire ne transmet pas seulement une consigne, elle transmet aussi un message. Et quand le seul cheveu autorisé est un cheveu presque absent, le message implicite peut être que le cheveu naturel, tel qu’il pousse, n’a pas sa place dans un cadre sérieux.

Parmi les très nombreuses réactions à l’affaire, une femme a résumé ce sentiment en expliquant qu’elle porte son afro volumineux au travail et n’y reçoit que de l’admiration. Selon elle, la discipline doit apprendre à un enfant le respect, la ponctualité et le travail, pas la honte de son apparence naturelle. Elle conclut par une formule forte : apprenons à nos enfants l’excellence, sans leur apprendre le rejet d’eux-mêmes.

« Apprenons à nos enfants l’excellence, sans leur apprendre le rejet d’eux-mêmes. » Une internaute.

Image d'Illustration Magnific
Image d’Illustration Magnific

Et maintenant ?

La polémique Du Vaal ne se réglera sans doute pas en quelques jours. Mais elle ouvre une discussion utile. Il ne s’agit pas de supprimer toute règle de présentation à l’école : une exigence de propreté et de soin est légitime. Il s’agit plutôt de se demander si ces règles peuvent évoluer pour que « soigné » ne signifie plus automatiquement « rasé ».

Des cheveux naturels propres, coiffés et entretenus, en afro court, en tresses sobres ou en vanilles, sont-ils vraiment incompatibles avec la discipline et l’excellence scolaire ? C’est la question que de nombreux parents posent désormais aux établissements.

Et cette question nous renvoie à une autre, plus large : si nos enfants apprennent dès l’école que leurs cheveux sont un problème, faut-il s’étonner qu’une fois adultes, tant de femmes et d’hommes africains se tournent vers des coiffures venues d’ailleurs ?

Et vous, quelle règle de coiffure aviez-vous à l’école ? Racontez-nous en commentaire.

Share

Discussion, Comments and Opinions

4 2 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
1 Commentaire
Most Voted
Newest Oldest
About the Author
Isaac Fomo
About the Author
Isaac Fomo

I'm a young writer and culture buff, check out my articles by clicking on my name or my photo, haha.

Calebasse
Queue de cheval

No other articles were found in this section. You can help us write an article by becoming a contributor.

To become a contributor, please fill in the form below

If you prefer WhatsApp, no problem:

+237 678 76 04 31

You can also write to us at info@back2culture.net, if you have any concerns or need more information.

Back 2 Culture Icon
Back2Culture SupportGenerally responds within 2 hours on working days
  • Back2Culture Support

    Hi 👋,
    How can we help you? 😊

    11:13 am
  • Back2Culture Support

    Or would you like to become a publisher/author?

    11:13 am
1
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x